Un ressortissant belgo-chinois est en détention préventive depuis mai, soupçonné d’avoir transféré vers une société chinoise des secrets industriels sur les semi-conducteurs en nitrure de gallium. Il a été interpellé à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Pékin.

Nouvelle affaire d'espionnage dans les technologies de semi-conducteurs en Belgique. ©Yankovsky88 / Shutterstock
Nouvelle affaire d'espionnage dans les technologies de semi-conducteurs en Belgique. ©Yankovsky88 / Shutterstock

Le nitrure de gallium encaisse des tensions bien plus élevées que le silicium, un atout précieux pour les véhicules électriques, mais aussi pour l’aérospatial et le militaire. Il s’agit d’une technologie d’autant plus disputée que les restrictions américaines sur les puces avancées poussent la Chine à sécuriser d’autres sources d’approvisionnement. Et c’est visiblement du côté de la Belgique qu’elle s’est tournée, et plus particulièrement de l’entreprise BelGaN.

Vol de propriété intellectuelle

Car les autorités du plat pays ont annoncé ce lundi 7 septembre la détention d’un homme de 52 ans, binational belgo-chinois, dans une affaire d’espionnage industriel. Placé en détention préventive, il occupait un poste de recherche senior chez l’entreprise, justement spécialisée dans la fabrication de semi-conducteurs en nitrure de gallium. Celle-ci a racheté son site de production à l’américain ON Semiconductor avant de déclarer faillite en juillet 2024. 

Selon les procureurs, il exerçait en parallèle les fonctions de directeur d’une société chinoise fabriquant le même type de puces, une structure créée quelques mois seulement après son arrivée chez BelGaN et financée par un fonds d’investissement chinois.

Il est soupçonné d’avoir transféré illégalement vers cette société des secrets industriels et de la propriété intellectuelle. Dans le détail, les charges retenues contre lui incluent l’espionnage, la participation à une organisation criminelle, le détournement d’actifs d’entreprise et la divulgation illégale de secrets d'affaires. Un second suspect est toujours recherché à ce stade.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle affaire se produit. ©Popel Arseniy / Shutterstock

Pas un cas isolé

Ce n’est pas une première. À tel point que les services de renseignement documentent ce phénomène sous le nom de « Copy to China ». Le principe : investir dans une entreprise belge pour accéder à une technologie précise, puis monter une structure chinoise capable de la reproduire à plus grande échelle.

En 2022, le géant néerlandais ASML accusant une entreprise chinoise de commercialiser des produits enfreignant sa propriété intellectuelle, via une société liée à un vol antérieur de secrets industriels appartenant au fabricant d’équipements de lithographie. Plus récemment, les Pays-Bas se sont octroyé le pouvoir temporaire de bloquer certaines décisions de Nexperia, fabricant de semi-conducteurs appartenant à un groupe chinois, pour des raisons de sécurité économique.

En 2016, une entreprise chinoise tentait, en outre, de racheter Aixtron, firme allemande aussi spécialiste du nitrure de gallium, et fournisseur de l’industrie militaire américaine. Une opération finalement bloquée par Washington.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Qu’est-ce qu’un semi-conducteur en nitrure de gallium (GaN) et pourquoi est-il stratégique face au silicium ?

Le nitrure de gallium (GaN) est un matériau semi-conducteur dit « à large bande interdite », capable de supporter des champs électriques et des températures plus élevés que le silicium. Concrètement, il permet de concevoir des composants de puissance plus compacts, plus efficaces et souvent plus rapides, ce qui réduit les pertes d’énergie. Ces qualités sont recherchées dans les chargeurs rapides et convertisseurs pour véhicules électriques, mais aussi dans des systèmes à fortes contraintes comme les radars, l’aérospatial et certaines applications militaires. Comme la performance est liée autant au matériau qu’aux procédés de fabrication, le GaN devient vite une technologie sensible quand elle est maîtrisée industriellement.

Que recouvre la notion de « secret d’affaires » dans l’industrie des semi-conducteurs ?

Un secret d’affaires désigne une information non publique ayant une valeur économique parce qu’elle est confidentielle et protégée par des mesures de sécurité. Dans les semi-conducteurs, cela peut inclure des recettes de procédés (dépôt, gravure, passivation), des paramètres de fabrication, des designs de composants, des données de rendement (yield) ou des méthodes de test. Contrairement à un brevet, un secret d’affaires n’est pas publié : sa protection dépend surtout du contrôle d’accès, de la traçabilité et des clauses contractuelles. La divulgation non autorisée peut donc causer un avantage immédiat à un concurrent, même sans reproduire exactement le produit final.

À quoi correspond le schéma « Copy to China » dans les enquêtes d’espionnage industriel ?

« Copy to China » décrit un mode opératoire où l’accès à une technologie se fait via une présence locale (emploi, partenariat, investissement), puis via la création ou l’alimentation d’une structure en Chine pour répliquer le savoir-faire. L’enjeu n’est pas seulement de récupérer des plans, mais de transférer des éléments permettant d’industrialiser : procédures, choix de matériaux, réglages de machines, contrôle qualité et organisation de production. Ce type de reproduction peut être accéléré par des financements ciblés et par le recrutement de profils ayant déjà une expérience sur la chaîne de fabrication. Dans un secteur comme le GaN, où la « recette » de production compte autant que la théorie, ce schéma peut réduire fortement le temps nécessaire pour rattraper un concurrent.